Équipe de recherche

Stratégies artistiques
de spatialisation du savoir

Axes de recherche

Olivier Asselin

Le récit est l’une des plus importantes formes d’organisation du savoir. La « mise en intrigue » est pour le sujet un moyen privilégié de faire la synthèse de l’expérience et notamment du passé. Les technologies mobiles enrichissent nos moyens de raconter en favorisant la rencontre du récit et de l’espace. Déjà, les lecteurs audio portatifs, en ajoutant à l’expérience vive un commentaire savant ou une bande sonore, permettaient de narrativiser ou d’historiciser l’espace environnant. Mais aujourd’hui, le développement récent des téléphones intelligents, des technologies de localisation et des applications de réalité augmentée donne à la narrativisation de nouveaux outils très puissants.
Dans le cadre de ce programme, je compte poursuivre ma réflexion sur l’inscription de la forme narrative cinématographique et vidéoludique dans l’espace réel, en faisant se rencontrer la structure épisodique qui caractérise les récits spatiaux—l’épopée, le roman picaresque, le récit de voyage, le road movie et le jeu vidéo—et l’institution muséale qui cherche souvent à unifier une expérience essentiellement discontinue.

J’aimerais utiliser une plate-forme mobile (le iPhone), un logiciel de design de jeu vidéo (Unity 3D) et une technologie de réalité augmentée (à programmer) pour introduire dans un espace muséal choisi une série des micro-récits de fiction, liées par une thématique narrative. Sur le modèle du musée de cire de Montréal (1935-1989) ou des musées des automates, j’aimerais réaliser cinq petites scènes virtuelles impliquant chacune un ou deux personnages historiques ou fictionnels, grandeur nature, qui font et refont une action simple, pour les superposer ensuite parfaitement à l’espace réel, à des endroits précis du lieu choisi, où l’usager pourra les découvrir sur son écran portatif ou sur des lunettes vidéo, grâce à l’action combinée du GPS, de la boussole, de l’accéléromètre intégrés au téléphone, du traqueur visuel et du traqueur de mouvements à 6 degrés de liberté intégrés aux lunettes.

Suzanne Leblanc

Mes recherches procèdent d’une réflexion sur le sens dans lequel les théories constituent des artefacts dotés d’une dimension plasticienne et esthétique qui contribuent au registre savant de leur signification. Je m’intéresse à présenter à une sensibilité réceptrice et proactive un angle de vue sur un univers théoricien, en générant et en organisant des contenus de connaissance selon des modèles qui puisent dans certains formalismes (arborescences normées, fractales, graphes, matrices, morphologies, progressions arithmétiques et géométriques) et qui sont adaptables aux structures de montage requises pour leur inscription électronique (écrans plasma, tablettes électroniques) et leur installation ou utilisation en contexte architectural.

Mon projet porte sur les bibliothèques de chercheurs individuels ou de groupes particuliers de chercheurs, en tant qu’elles constituent des sous-ensembles expressifs d’un potentiel théorique dans le cadre de grands corpus disciplinaires ou multidisciplinaires de savoir — la bibliothèque d’Aby Warburg prend ici un statut emblématique. J’aimerais générer des modèles de réorganisation de ces bibliothèques depuis leur emplacement et leur classification de départ, en manipulant notamment le corpus langagier formé par les titres, les tables de matières et les bibliographies des ouvrages qu’elles comportent.
En tant que chercheur possédant une substantielle bibliothèque et étant intimement au fait des problématiques théoriques, esthétiques et langagières entourant l’acquisition et le rangement, à la fois classificatoire et spatial, de chacun de ses ouvrages, je compte utiliser cette dernière comme matériau de départ pour la construction d’un premier modèle adaptable aux manipulations d’une tablette électronique (iPad) ainsi qu’à la disposition d’écrans plasma accessibles à une déambulation en contexte architectural. Sur la base de cette modélisation, dont j’aurai pu ainsi tester la sensibilité théoricienne, je me propose de développer des modèles pour d’autres ensembles bibliothécaires.

Chantal Neveu

Je m’intéresse au mot, à la polysémie des mots, à l’écart entre une chose dite, écrite, interprétée, et à ce qui peut apparaître d’inouï au sein même de ces espaces et déplacements sémantiques. Avec ma recherche littéraire, basée sur une pratique de scriptage – notation de ce qui se dit, de ce que j’entends, en présence d’individus en un lieu de travail choisi –, je poursuis une réflexion sur le « bougé » langagier, textuel, documentaire, et poétique. En assemblant et arrangeant des mots puisés à une oralité mixte –, j’écris des textes qui tentent de rendre compte à la fois du parcellaire et de l’expansion d’une langue.

Au sein de ce projet, je propose de me joindre à un ou plusieurs groupes humains de savoir. À titre d’exemple, les équipes de physiciens oeuvrant au CERN, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire près de Genève, ou de laboratoires nanométriques ou d’observatoires astronomiques, au Québec ou à l’étranger. Pour aborder les corpus scientifiques de pointe, j’aimerais « scripter » les échanges verbaux – pas encore synthétisés ni archivés ni médiatisés – entre des chercheurs qui interprètent sans répit de nouvelles hypothèses de lois pour comprendre l’univers – voire les « multivers ». Dans ce contexte, je souhaite poursuivre l’étude d’une écriture poétique qui puisse témoigner à la fois d’un champ de vocabulaire et de savoir-faire particulièrement riches, et d’autre part, d’une disposition favorable à de nombreux entendements. De manière plus précise, je pourrais me pencher sur les problèmes et solutions de ponctuation, de syntaxe, de fabrication et spatialité textuelles, à la faveur de lectures polysémiques augmentées.

Céline Poisson

Le projet me permettra de poursuivre un travail sur les méthodes de projet en design et en architecture en mettant l’accent sur la contribution respective de différents modes d’expression, en parliculier sur la place et l’usage du langage – plus précisément de définitions de concepts philosophiques – dans la mise en oeuvre d’un projet. Il fait suite à la production d’un lexique comprenant trois cents définitions de concepts, quatre-vingts diagrammes et quatre-vingts images de gestes (nommé abecedarium) qui sera offert comme vocabulaire à partir duquel les locuteurs engageront des leçons et des conversations.

La première expérience sera celle d’une leçon où sera enseignée la construction d’une maison et la seconde, celle d’une conversation entre un architecte et son client. Deux chantiers serviront d’exemples, celui de la maison de Wittgenstein et celui de la maison de Peirce (deux philosophes qui ont la rare particularité d’avoir construit une maison). Poussant à bout la métaphore constructive, nous verrons dans chaque cas le chantier avancer au rythme des échanges, sous la forme de la construction d’une maquette échelle réelle, dans l’espace. Le vocabulaire utilisé par les locuteurs sera disponible sous la forme d’un livre numérique et les protagonistes seront munis de tablettes (ipad) permettant des échanges pair-à-pair. Les tablettes numériques permettront de conserver les traces des échanges sous forme de scénarios graphiques. Ces jeux de langages sont comparables à ceux de deux locuteurs partageant les mêmes modes d’expression (le design, le diagramme, les gestes, la maquette) engageant un dialogue dans conceptualité nouvelle (la philosophie) et qui, munis d’un dictionnaire (l’abecedarium), arrivent à construire un échange signifiant.

Jocelyn Robert

Mon travail artistique est construit autour de stratégies cartographiques particulières. Mon exposition ‘Bonjour Dürer’ (1988) était faite de 3000 photographies collées sur un mur qu’elles étaient censées représenter, cachant de ce fait ce qu’elles tentaient de montrer. J’ai également écrit des logiciels traçant le développement d’erreurs et d’imprécisions dans l’exécution de pièces pour piano, ce tracé étant ensuite reformulé, recartographié pour redevenir la partition de pièces pour piano (‘Le Piano Flou’, 1995). Dans mon installation vidéo intitulée ‘L’Invention des Animaux’ (2002), le déroulement des images est coordonné par un attracteur de Lorenz imprimant au mouvement d’un avion dans l’image la cartographie d’une forme dynamique naturelle. Plus récemment, en rapport avec le cours ‘Territoires et cartographies’ que je donne dans le cadre de la Maîtrise interdisciplinaire en arts à l’Université Laval, je me suis intéressé à un processus cartographique numérique double (Crampton, 2010), qui implique deux étapes de codage : l’une, simple, de la réalité perçue vers la base de données, l’autre, multiple, de la base de données vers différentes options d’interprétations.

Pour le présent projet, je suis intéressé à développer des méthodes de consultation d’œuvres ou, plus généralement, de documents existants, méthodes qui laissent derrière elles la trace du parcours de consultation, lequel peut prendre lui-même la forme d’une œuvre. En analogie à la carte d’emprunt d’un ouvrage de bibliothèque, qui donne un certain sens à ce dernier, ainsi qu’à la désignation d’un univers sémantique singulier généré par la liste des volumes empruntés par un seul lecteur, mais avec des moyens beaucup plus rapides et l’existence de mots-clefs et autres métadonnées, notre navigation numérique sur les fureteurs de la toile ou au travers les images de nos catalogues numériques permet des assemblages beaucoup plus complexes, qui peuvent devenir de véritables cartographies présentant des configurations personnelles et inédites de l’espace culturel partagé.

Éric Simon

Mon projet porte sur la forme que nous donnons à l’ensemble de nos idées, de nos émotions et de nos souvenirs, à l’organisation structurelle de notre espace mental. Il s’agit d’examiner les liens qui relient les objets mentaux qui peuplent cet espace et les chemins à emprunter pour passer de l’un à l’autre de ces objets. Comment saute-t-on d’une idée à une autre ? Qu’est-ce qu’il y a entre les idées, entre les particules, entre les instants ? De quoi sont constitués ces intervalles ? C’est l’existence du vide que soulèvent ces questions. Mais c’est aussi l’existence du moi. Car qui contrôle cette circulation ? Souvent notre pensée semble procéder à notre insu. Nous subissons le dévoilement de notre pensée. Et il nous arrive de nous demander quelle est la nature réelle de notre rôle dans ces opérations de l’esprit.

Les intervalles parlent du rapport entre les choses plus que des choses elles-mêmes. En transformant ces rapports, c’est à l’ordre que le projet propose de s’attaquer. Il apparaît en effet que la seule action qu’il nous est donné d’accomplir en tant qu’artistes serait d’effectuer des permutations sur des objets déjà existants. Nous ne créons rien, nous réorganisons, nous changeons l’ordre. Un parallèle pourrait être établi avec la propriété de commutativité en mathématiques qui permet de changer l’ordre des termes d’une opération sans en modifier le résultat final. L’absence générale de propriétés semblables dans les communications écrites et visuelles nous permet de provoquer des subversions de sens par des déplacements de lettres, de mots, de phrases mais aussi d’images. Il s’agit donc ici de poursuivre cette exploration du rôle de l’ordre dans la production du savoir en subvertissant des textes existants. Ceux-ci seront contredits, détournés et réinterprétés avec l’intention (l’illusion ?) de transformer un savoir, de lui attribuer un nouveau sens.

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